Mes petits "récits"

 

 

 

 

"La porte!" Plongée dans la préparation de son super sandwich et se déhanchant au son du CD qui crachait ses notes, elle n’entendit pas l’injonction. "La porte please!!" Hààà….la musique! Elle ne pouvait s’en passer. Tout en chantonnant, elle s’apprêtait à appliquer une épaisse couche de mayonnaise sur son pain lorsqu’un pot de mousse au chocolat traversa l’air avec un sifflement pour venir s’écraser dans un bruit mat à ses pieds. Médusée, couteau en l’air, elle vit alors boites, paquets, tranches de victuailles, gâteaux projetés avec force hors du frigo et atterrir pêle-mêle sur le sol de sa cuisine. Elle n’eut que le temps de se baisser prestement pour éviter un œuf qui se fracassa en une masse jaunâtre et gluante sur le mur derrière elle. Abasourdie, elle plongea instinctivement sous la table pour attendre, tétanisée, le cœur battant à tout rompre, que l‘éruption alimentaire s‘arrête. Elle tendit l’oreille. Silence. Le calme était revenu. Encore sous le coup de l’émotion, elle essayait tant bien que mal de reprendre ses esprits. Elle réfléchit. Elle n’avait pas rêvé! Les projectiles semblaient bien provenir du réfrigérateur. Impossible! Quelqu’un devait….mais non…elle était seule dans l’appartement! A moins que….timidement, elle pointa le bout de son nez et fouilla la pièce du regard à la recherche du petit plaisantin qui lui jouait ce tour pendable. Personne. Prudemment, elle quitta son abri et se dirigea vers l’origine du capharnaüm.

-"Ne fais pas ses yeux ronds et ferme ma porte! Je ne cesse de te le répéter depuis tout à l’heure!"

Sous le choc, elle recula, butant contre une chaise.

-"Qu…qui parle?"

-"Moi. Le frigidaire."

-"C’est une blague hein? C’est çà?"

-"S’il te plaît! Je perds toute mon énergie à maintenir la température!"

Machinalement, elle tendit la main pour obtempérer quand, soudain, un soupçon lui vint. Elle se mit à examiner l’appareil électrique sous toutes ses coutures.

-"Que cherches-tu?"

Ignorant la question, elle continua son exploration à la recherche d’un micro, d’une caméra ou autre gadget du même acabit. Rien. Elle ne trouva rien. Décontenancée, elle claqua la porte. C’était un cauchemar. Dans une minute, elle allait se réveiller.

- (soupir). "Enfin! C’est pas trop tôt!"

-"Si c’est une caméra cachée, c’est raté! Je ne suis pas dupe!" cria-t-elle à la cantonade espérant que le mystificateur facétieux se démasquerait.

- "Ne hurle pas comme çà! Mes grilles en tremblent. Dis-moi, puisque nous en sommes à discuter, tu pourrais me garnir plus légèrement? J’ai si mal au ventre que j’ai l’impression qu’il va éclater."

Stupéfaite, elle s’entendit demander:

-"Discuter? Avec qui?? Je ne suis peut-être pas futée mais n’en suis pas encore au point de papoter avec des objets!"

La voix continua, imperturbable.

-"Tu me gaves trop. Aliments trop lourds, trop gras, trop sucrés, trop salés.  J’en ai les circuits surchargés. C’est épuisant. Et puis, tu devrais piocher un peu moins dans mes bacs. C’est mauvais pour ton équilibre alimentaire."

-"Et bavarder avec une boite à glaçons c’est mieux pour ma santé mentale?"

-"Allons ne fais pas ta mauvaise tête. Je m’inquiète simplement pour ta ligne."

-"Ma ligne?? Non mais de quoi je me mêle?"

-"Avoue que tu as un problème avec la nourriture."

-"Quel problème? Dis tout de suite que je me goinfre tant que tu y es!" répondit-elle, vexée.

Elle hallucinait. La voici, se disputant avec son frigo!!

-"Pas goinfre. Mal dans ta peau."

-"Et psy avec çà!" ricana-t-elle.

-"Ecoute, je suis disposé à te donner un petit coup de pouce. Dorénavant, je rejetterai tout aliment nocif pour toi. Toi, tu maigriras et moi je serai soulagé de toute cette "mangeaille" qui m’écoeure. Bénéfice pour tous les deux. Qu’en penses-tu?"

Malgré elle, et à son grand étonnement, elle dut bien reconnaître qu’il avait raison et que son tour de taille avait pris quelques centimètres ces derniers temps.

-"Tiens, tu pourrais même me décorer avec de jolis petits magnets qui te motiveraient. Je suis assez coquet tu sais!"

-"Frisquet et coquet! On aura tout vu!"

-"A la bonne heure! Je constate que tu retrouves ton humour!"

-"Mais dis-moi, et si je refuse ta proposition?"

-"As-tu réellement le choix? Sauf, si tu préfères que je me court-circuite."

-"Des menaces??"

-"Non un conseil pour ton bien-être."

-"Evidemment, dans ces conditions….. Bon, à présent, puis-je ranger tout ce que tu as vomi?"

-"Bien sûr! Mais n’oublie pas: prochain "chargement", je veillerai au grain! Il est temps maintenant que je reprenne des forces, mon moteur a surchauffé."  Et son étrange et métallique interlocuteur se tut définitivement.

Perdue dans un abîme de pensées, elle entreprit la remise en ordre de sa kitchenette. Lorsque ce fut terminé, elle reprit son couteau pour étaler la sauce sur son "en-cas"puis se ravisa. Au fond….mauvaise blague, cauchemar, rêve ou réalité, elle ne le saurait peut-être jamais. Peu importait. Une chose était certaine: à l’avenir elle prêterait attention à son alimentation!

 

 

 

 

 

 

Par biloulou - Publié dans : Mes petits "récits" - Communauté : jeune auteur et compositeur
Vendredi 28 novembre 2008 5 28 /11 /2008 07:57

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"J’ai oublié mon agenda dans la voiture….j‘arrive!"  lança-t-elle du seuil de la chambre à son amie plongée dans sa carte routière. Elle sortit dans la cour à peine éclairée et se dirigea vers l’orée du bois, seule place de parking disponible à leur arrivée tardive. Ombré de dessins biscornus et un peu angoissants, le véhicule était à peine visible sous le couvert des arbres. Tout en avançant, elle remonta le col de sa veste. Brrr….un brouillard hivernal s’installait et on n’y voyait goutte. Même un chat noir ne risquerait pas ses moustaches par un temps pareil. Ses pas résonnaient étrangement sur le gravier dans le silence glacé et humide. Au fur et à mesure qu’elle s‘éloignait du bungalow, la lumière du perron faiblissait et l’obscurité s’épaississait. Elle se sentait happée par la nuit et elle dût bien se l’avouer, elle ne se sentait pas très à l’aise. Réminiscences de peurs enfantines sans doute.


Totalement dans le noir lunaire à présent, un hululement proche la fit sursauter. Elle comprenait enfin pourquoi l’auberge s’appelait " Aux trois chouettes". Les mains tremblantes, elle s’admonesta tandis qu’elle ouvrait rapidement le coffre. Pas envie de s’éterniser ici. Un peu nerveuse et épuisée par la route, elle n’avait qu’une hâte: se glisser dans des draps moelleux et sécurisants.

Soudain, une odeur nauséabonde frappa ses narines tandis qu’un bruit rauque montait au-dessus d’elle. Son cœur s’arrêta. Effrayée et décontenancée, elle leva lentement la tête et fut transpercée par un regard fixe et glacial. Un grognement sourd découvrit d’énormes crocs entre lesquels gigotait une forme indéfinissable et sanguinolente. Hypnotisée par ce spectacle, elle était incapable de faire un geste tandis que la gueule fétide lâchait sa proie et bondissait vers elle en soufflant bruyamment. Une douleur aiguë à l’épaule la ramena brusquement à la réalité et, comme mue par un ressort, elle se débattit et se mit à courir comme une dératée. Elle courait, courait…..n’osant se retourner pour voir si le monstre la poursuivait. Et puis ce fut le choc….Déstabilisée, elle tomba la tête la première dans une masse gluante et putride. Se redressant promptement, elle sentit un liquide chaud dégouliner de son visage. Elle vit alors ses mains couvertes de sang et aperçut un amas de lambeaux de chair et d’entrailles à ses pieds. Elle hurla de terreur et reprit sa course de plus belle, butant sur des racines, ignorant les branches qui lui fouettaient les joues et les ronces qui griffaient ses jambes.


L’air vint à lui manquer et un étau enserrait sa poitrine. Hors d’haleine elle dût s’arrêter. C’est alors qu’elle prit conscience que. dans sa panique, elle avait pris la direction des bois. Elle était perdue!
Transie de froid et de peur, elle cherchait à s’orienter quand un craquement sec la fit se retourner.


Elle n’avait plus la force de s‘enfuir. En désespoir de cause, aveuglée par les larmes, elle chercha une "arme" et empoigna une énorme branche attendant l’assaut final.
Son sang se figea dans ses veines quand elle crût entendre crier son nom d’une voix sourde. Liquéfiée, au bord de l’évanouissement, elle entendit à nouveau une voix gutturale, et de plus en plus proche, l’appeler. Epouvantée, elle vit une ombre glisser lentement vers elle. Dans un ultime sursaut et avec un cri de rage désespérée, elle rassembla ses forces et s’élança vers son bourreau. Elle se sentit brutalement plaquée sur le sol et elle sombra dans le néant….

Elle ouvrit les yeux.

-Tu nous as fait une de ces peurs! Que s’est-il passé?


Son amie et le propriétaire du bungalow penchés sur elle, la dévisageaient l’air anxieux.


Elle se redressa dans son lit.

-Le monstre, le monstre….et elle se mit à pleurer à chaudes larmes.

-Quel monstre? Ne te voyant pas revenir, je me suis inquiétée et j’ai demandé de l’aide. On t’a cherchée pendant deux heures!

-Il y avait un monstre……et elle raconta en hoquetant ce qui lui était arrivé.


Son "sauveur" partit soudain dans un rire tonitruant, sortit un instant de la pièce et revint tenant dans ses bras un petit chat noir qui ronronnait de plaisir.
Le voilà votre "monstre". C’est "Moustique". Un redoutable chasseur. Il a probablement dû vouloir vous offrir sa proie pour obtenir un câlin en récompense!

-Mais…mais…..et les lambeaux de chair et….

-Sa cachette aux trésors! Dit-il avec un clin d’œil.

-Faut pas sortir seule la nuit ma ptite dame. Vous avez l’imagination trop fertile!


Soulagée mais rouge de honte, elle enfouit sa tête sous les couvertures pour, enfin, plonger dans un sommeil bien mérité.

 

 

  

Par biloulou - Publié dans : Mes petits "récits" - Communauté : jeune auteur et compositeur
Samedi 15 novembre 2008 6 15 /11 /2008 13:00

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D’un geste las, elle noua sa cape mitée qui n’avait plus de rouge que le nom. Ramenant sa capuche sur ses boucles d’or, elle s’observa dans le miroir. Elle aurait tout aussi bien pu endosser une peau d’âne. Quoiqu’elle porte, elle ressemblerait toujours à une cendrillon. Hélas, elle ne pouvait échapper au légendaire rituel.  Rendre visite à sa grand-mère, odieuse femme acariâtre à la face velue et défigurée par d’horribles chicots.

 

Soupirant, son panier de victuailles au bras, elle s’apprêtait à quitter sa demeure quand elle s’aperçut  avec frayeur qu’elle avait oublié les miettes de pain. Brrr…un frisson glacé parcourut son échine. La simple pensée de se perdre et de passer mille et une nuits dans cette forêt maudite la fit frémir d’horreur. Elle détestait ces bois peuplés d’étranges créatures peu amènes et qui n’avaient rien de magiques à ses yeux. Lors d’une visite à son aïeule, elle avait tancé vertement une petite fille qui jouait avec des allumettes dans la clairière.  

 

Chemin faisant, elle pria le ciel ne pas encore rencontrer cet horrible personnage à la barbe bleutée et à la lippe humide qui lui jetait des œillades avides chaque fois qu’il la croisait.

 

Son regard fut attiré par les trois petites maisons délabrées et un sourire se dessina sur ses lèvres. Pauvre loup! A force de s’essouffler sur la dernière, il finira sous oxygène!

 

Plongée dans ses pensées, elle salua distraitement, les deux frères et sœurs occupés à se goinfrer de sucreries. Les malheureux. Ils ne savent pas ce qui les attend. La gourmandise est un vilain défaut les enfants.

 

Croâââ…..elle sursauta. Hoo nonnn! Encore lui! Sans cesse, à la harceler pour obtenir un baiser sous prétexte qu’il se transformera en prince charmant. Ts ts ts…et elle en princesse au petit pois! Aussi menteur que cette tête de bois de Pinocchio!

 

Ah! Voilà la mégère et ses pommes. Eternellement, à la recherche de la blanche dame. Ce n’est  pas elle qui renseignera cette langue de sorcière.

 

Que le chemin était long et ardu! Et ses pieds douloureux.  Un bain d’eau fraîche serait le bienvenu. Que n’était-elle une petite sirène! Tu parles d’une forêt enchantée!  Le chemin n’avait rien d’un  tapis volant. Elle se prit alors à regretter les bottes du Chat. Jamais là quand on a besoin de lui celui-là!

 

Epuisée, elle hésita un instant à s’arrêter pour se reposer un peu mais elle craignait trop de ne pas se réveiller. Cent ans de sommeil ne suffiraient pas à rattraper ses nuits blanches. Un carrosse! Sa vie pour un carrosse qui la mènerait à bon port! Hélas, point de fée ou de bon génie qui veillait sur elle. Elle n’était pas assez célèbre.

 

Le soir tombait. Prenant son courage à deux mains, elle continua sa route en clopinant. Quelle heure pouvait-il bien être? La prochaine fois qu’elle verrait Alice, elle lui demanderait de lui rapporter une des si belles  montres de son pays. Des merveilles de technologie parait-il.

 

Elle avait hâte d’arriver à destination. Les ténèbres commençaient à l’envelopper et elle sentait une sourde angoisse lui tenailler le ventre. Elle redoutait la venue de  la nuit depuis sa plus tendre enfance.

 

Enfin, soulagée, elle vit poindre le toit du logis de sa parente. Tout en tirant sur la chevillette, elle espéra trouver sa mère-grand plus sereine que la semaine précédente. Ces derniers temps, la pauvre vieille  sombrait de plus en plus dans la folie. Persuadée qu’un loup voulait la dévorer. Quelle tristesse de vieillir ainsi.

 

La porte s’ouvrit lentement et…….un long cri  de terreur déchira le silence de la forêt.

  

  

 

 

 

Par biloulou - Publié dans : Mes petits "récits" - Communauté : Ecriture Ludique
Jeudi 18 septembre 2008 4 18 /09 /2008 00:06

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